|
Le
gréement latin
La
voile latine est une voile triangulaire (alla trina).
Le gréement est ici composé d'une vergue longue et mince, qui
croise le mât en oblique, appelée antenne. Elle est composée généralement
de deux parties qui sont liées entre elles par des roustures.
Ces deux pièces sont nommées la penne et le quart encore nommé
car, carneau ou carnau. Ce dernier constitue la partie inférieure.
Ill est plus rigide que la penne. L'antenne descend jusqu'à
l'avant du bateau, où elle est fixée (point d'amure). Les bandes
de ris sont hautes et parallèles à l'antenne. Il n'y a pas de bôme.
Au virement de bord, il faudrait théoriquement changer l'antenne
de côté par rapport au mât pour conserver un bon rendement, ce
qui est très difficile, voire impossible à faire, car la
longueur de la portion de l'antenne sur l'avant du mât est
pratiquement toujours supérieure à la hauteur de ce même mât.
Lorsque l'antenne se trouve au vent, la voile est plaquée sur le
mât, et son rendement est alors moindre.
La voile latine est le gréement traditionnel du pourtour méditerranéen,
il arme la barquette marseillaise, la barque catalane, la bette,
la tartane, la gourse, le moure de pouar, le boutre, la
felouque... C'est aussi le gréement des premières caravelles
L'efficacité
de la voile latine pour remonter le vent au près n'a pas été égalée
avant l'invention de la voile bermudienne ou gréement marconi. |
|

Gréement
latin |
|
|

Barque
à voile latine, tartane |
|
|

Balancelle,
tarca
de mitjana |
|
|

Felouque,
Brigantin |
|
|

Chebec,
Pinque |
|
 |
|
Photo
de la barquette marseillaise "André Jean"
restaurée et entretenue par l'association La Nave Va. |
|

|
| Les
premières Caravelles, à voiles latines |
|
|
Le
gréement carré
C'est
le type de voile le plus ancien en Europe. Très simple, son
efficacité, maximale du vent arrière au vent de travers, diminue
à mesure que l'on se rapproche du lit du vent apparent.
Elle fut utilisée de manière connue dès l'antiquité, de la
Baltique à la Méditerranée sur les navires marchands et
militaires, qu'ils soient de mer ou de rivière.
Au IXe siècle l'introduction de la voile latine amorce le déclin
de cette voile en Méditerranée où le régime des vents est trop
irrégulier pour pouvoir l'utiliser. En Atlantique elle perdure
au-delà même du Moyen Âge, des drakkars des Vikings au kogs
hanséatiques, en passant par les nefs françaises et anglaises.
Les siècles suivants confirment son maintien comme en témoignent
les vaisseaux produits tant pour le commerce que pour le combat.
Pendant l'essor de la marine à voile (XVIIe siècle-XIXe siècle)
l'augmentation de la dimension des navires a considérablement
augmenté la hauteur des mâts et, l'on a multiplié le nombre de
voiles carrées sur chaque mât (on a eu jusqu'à 7 étages) afin
qu'elles restent cargables (repliables) par un nombre acceptable
de marins.
Sur les longs bords de portant, les capitaines de clippers
faisaient quelquefois ajouter à l'extérieur, des rallonges de
vergues pour porter des voiles appelées bonnettes qui
permettaient de gagner un petit peu de vitesse. Cette opération délicate
et risquée était redoutée des gabiers car la chute était la
promesse d'une mort certaine par noyade, le navire étant
incapable de faire demi-tour pour venir le rechercher.
La compilation et la publication au milieu du XIXe siècle par le
capitaine américain Ch. Maury des wind charts (somme des
statistiques des vents dominants par secteurs) sur des cartes
marines a permis de déterminer des routes où les vents portants
(trade winds, les vents commerciaux) étaient les plus réguliers
et où ces gréements puissants étaient efficaces. Il a ainsi
contribué à l'essor des grands voiliers dits à « phares carrés
» (pour l'aspect général qu'ils avaient rappelant la silhouette
d'un phare).
C'est au cours de la première moitié du XXe siècle que disparaît
peu à peu cette voile, en particulier avec la fin des grands
voiliers à prime, une des générations les plus abouties pour la
taille et la vitesse, dont le Belem est un survivant en France, à
la différence du Duchesse Anne qui témoigne d'une génération
de grands navires école de cette période révolue.
La machine à vapeur et le moteur à combustion interne ont eu
raison de cette voilure plus que millénaire.
|

|
|
"La
Recouvrance", goélette. (Photo ©
Benoit Stichelbault / La Recouvrance)
|
|

|
|
Le
"Cisne Branco", trois-mâts carré.
(Photo ©
Brest 2008 / DR)
|
|

|
|
Le
Kruzenshtern, quatre-mâts barque.
(Photo © Brest
2008 / DR)
|
|

|
|
Le
Christian Radich, trois-mâts carré. (Photo ©
DR)
|
|
|

Gréement
carré
|
|

Bateau
à voile carrée |
|

Dogre
|
|
Brick
goélette
|
|

Brick |
|
Trois-mâts
goélette
|
|

Trois-mâts
barque
|
|

Trois-mâts
carré |
|
Quatre-mâts
goélette
|
|

Quatre-mâts
barque
|
|

Quatre-mâts
carré |
|
|
Gréement
au tiers
À
ses débuts cette voile était peu différente de la voile carrée,
sa vergue étant horizontale, mais avec des performances nettement
améliorées au près, notamment par « apiquage » de la vergue,
c'est-à-dire que la vergue devient plus verticale en se rapprochant
de l'axe du mât.
Elle fait partie de la famille des voiles auriques. Elle connut son
heure de gloire avec les bateaux de pêche côtière du XIXe siècle
et au début du XXe siècle, surtout en Bretagne, avec par exemple
le sinago du Morbihan ou la chaloupe sardinière, qui régnait de
Concarneau à la rade de Brest. Jusqu'en 1940, on la retrouve encore
sur certaines unités motorisées comme les pinasses (inspirées du
sud-ouest, mais adaptées aux conditions de travail et de mer de la
région), soit en appoint, soit en gréement complet.
Le rendement d'une voile au tiers est meilleur sur une amure que sur
l'autre. On parle d'amure lorsque la vergue est sous le vent venant
de bâbord (gauche) ou de tribord (droite), cela a amené les
chaloupes sardinières, puis les pinasses qui ont conservé le gréement
au tiers, en particulier celles de Douarnenez, à adopter un gréement
inversé : La voile de misaine (à l'avant du navire) était hissée
sur bâbord , tandis que le taillevent (au centre du bateau) était
hissé sur tribord. Cela permettait de conserver une voile avec une
amure positive s'il n'était pas possible de gambeyer.
|

|
|
"Ar
Jentilez", flambart goémonier
|
|

|
|
Sinago
du Golfe du morbihan, chaloupe à corne (Photo ©R.Le
Bihan)
|
|
|

Gréement
au tiers |
|

Canot
à misaine |
|

Canot
à misaine et Tape-cul
|
|

Chaloupe,
|
|

Flambart |
|

Bisquine,
chasse marée, lougre
|
|
|
Grément
à livarde
La
livarde est également connue sous le nom de balestron, un espar
qui permet de tendre la voile aurique en partant du mât vers le
haut, ou de tendre une voile triangulaire du mât vers le point d'écoute,
comme sur les sharpies.
Cette voile connut ses heures de gloire dans la marine fluviale:
simple à mettre en œuvre, elle était adaptée aux mâts
rabattables ou amovibles de diverses embarcations, comme les
chalands, les barges et certaines péniches. Parmi les
embarcations ayant porté ce gréement à la perfection, nous
comptons les barges de la Tamise dont certains exemplaires
naviguent encore aujourd'hui à la plaisance, tandis que d'autres
sommeillent dans un musée.
Assez peu répandue aujourd'hui, ce type de voile équipe, dès
l'origine, tous les Optimist depuis 1947.
 |
| l'Optimist,
survivant moderne du gréement à livarde |
|
|

Gréement
à livarde
|
|

Bateau
à livarde
|
|

Bateau
à livarde et tape-cul
|
|
|
Gréement
à corne
Cette
voile fait partie de la famille des voiles auriques. Évolution de
la voile au tiers, elle augmente encore les performances en
ramenant toute la surface en arrière du mât, libérant la partie
avant de celui-ci pour l'installation d'une trinquette et de focs.
La forme de la voile qui déverse beaucoup au niveau de la corne,
la rend peu efficace au plus près du vent mais permet cependant
de porter une grande surface de toile pour un mât court.
Dans la partie supérieure peut être gréé le « flèche », ce
qui permet d'augmenter la voilure notamment par petit temps…
Elle équipe nombre de gréements traditionnels de travail comme
les cotres, les dundees thoniers, les coquilliers…
 |
|
Le
"Budding Rose", cotre à corne. (Photo ©
Brest 2008 / DR)
|
 |
|
Le
Far Barcelona goélette a corne (Photo ©
DR)
|
|

|
| Le
"Windy" (Chicago), goélette à quatre mats |
|
|

Gréement
à corne
|
|

Sloop
|
|

Cotre |
|

Dundee,
cotre ou sloop à tapecul, yawl, ketch |
|

Goélette
franche |
|

Goélette
à Trois mâts |
|

Goélette
à Quatre mâts |
|
|
Gréement
à corne et huniers
Le
gréement à corne et huniers est un gréement dont la misaine
aurique à corne est surmontée d'une voile carrée nommée hunier.
Le mât de misaine, celui qui est situé à l'avant du grand mât,
porte une hune et est prolongé par un mât de hune fixé fermement
au bas-mât. Ce mât de hune est équipé de deux, trois ou rarement
quatre vergues destinées à établir des voiles carrées, les
huniers.
Certaines goélettes à hunier portent un second mât de hune, avec
ses vergues, fixé à un autre mât, normalement au grand mât.
Le(s) mât(s) de hune avec ses vergues remplacent le prolongement
classique d'un mât de « goélette franche ».
La goélette à huniers est la goélette originale, très élégante
et rapide. Les précurseurs de la goélette à huniers furent
construits la première fois à Baltimore aux États-Unis au XVIIIe
siècle, pourquoi ils furent nommés "Clippers de
Baltimore".
|

|
|
Le
"JR Tolkien", goélette à hunier. (Photo ©
DR)
|
 |
|
"Le
Renard", cotre à huniers (Photo ©Pascal
Uguen)
|
|
|

Gréement
à corne et à hunier |
|

Sloop
ou cotre à huniers |
|

Ketch
à hunier |
|

Goélette
à huniers |
|

Goélette
à Trois mâts à huniers |
|

Goélette
à Quatre mâts à huniers |
|
|
Gréement
houari
C'est une voile à corne dont le pic s'approche
d'environ 25 à 30 degrés de la verticale, voire moins ; il ne
permet pas l'usage de la voile de flèche (Flech). Ce mode de gréement
précède le type « Marconi ».
Ce type de gréement permet d'obtenir une bonne partie des
avantages de la « voile bermudienne » (plan de voilure dans
l'axe, centre de voilure plus haut, écoulement laminaire amélioré...)
sans avoir besoin d'un mât très long.
On le retrouve au début du XXe siècle en France, dans le nord
Finistère, en particulier sur nombre de cotres de pêche de la
baie de Morlaix, ex. : Jeanne d'Arc lancé en 1909. L'avantage de
ce gréement simple à mettre en œuvre, est une certaine légèreté,
d'excellentes performances aux allures du près tout en maintenant
une surface de toile importante propice à la vitesse (Les
premiers arrivés au port obtenaient le prix le plus élevé pour
leur pêche, question de fraîcheur aussi).
Assez en faveur au début du XXe siècle sur les voiliers de
plaisance, les progrès des matériaux composant les mâts
(aluminiums puis composites) et leurs haubanages les ont rendus
rapidement obsolètes.
 |
|
le
L-Boat, un sloop houari |
|
|

Gréement
houari |
Gréement
houari à balestron |
Sloop
houari |
|
|
Gréement
bermudien
Le
gréement bermudien est caractérisé par une grand-voile de forme
triangulaire hissée le long d’un mât souvent très haut. C'est
l'ancêtre à mât à haubanage traditionnel, les mâts étant le
plus souvent inclinés vers l'arrière et voile au départ sans
rond de chute maintenue au mât par un transfillage, précédant
le système de haubanage actuel dit « marconi » (mât
vertical et voile maintenue par coulisseaux sur un rail) en référence
au gréement à barres de flèches nécessaire pour la supporter
qui ressemblaient aux premières antennes de radio. C'est
actuellement la voile la plus répandue en plaisance du fait de sa
polyvalence et de ses performances notamment aux allures du près
et de la facilité et simplicité de manœuvre. C'est une évolution
des versions antérieures en deux pièces: la grand-voile (à
corne) et une voile appelée le « flèche », frappée
sur la corne et hissée au mât, système dur et complexe à manœuvrer
et moins performant. Le système Bermudien a lui-même succédé
au Houari aux performances assez proches . L'on trouve maintenant
des voiles entièrement lattées et dont le rond de chute est
beaucoup plus important.
Le
gréement Bermudien que l'on nomme souvent "Marconi"
marconi est de nos jours la voile la plus répandue. Ces voiles
modernes sont aujourd’hui constituées de fibres synthétiques
alors que par le passé elles étaient en cotton. Les voiles généralement
utilisées par les plaisanciers sont faites en polyester (ou
dacron). Les voiles constituées de carbone (mylar ou kevlar) sont
utilisées pour fabriquer les voiles de compétition. Ces fibres
permettent de réduire le poids des voiles tout en augmentant leur
rigidité. Elles sont cependant peu résistantes aux rayons
ultraviolets qui diminuent leur souplesse et leur solidité. En
plaisance comme en régate, on apprécie les grandes qualités du
gréement bermudien soit : l'aisance à la manier, sa légèreté,
ses performances ainsi que son efficacité lorsqu’on veut
remonter le vent.
 |
| Le
"420" dériveur moderne (Sloop
"Marconi") |
 |
| Un
cotre "Marconi" |
|
|

Gréement
bermudien
|
|
|

Sloop
|
|
|

Cotre
|
|
|

Yawl
ou Ketch
|
|
|

Goélette
|
|
|