Le Carénage

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Périodiquement, il faut effectuer sur le bateau ce qu'on appelle le "carénage". On désigne ainsi  la série d'opérations de révision périodique de la coque d'un bateau. 

Plus il reste dans l'eau et plus un bateau se salit. Des coquillages et mollusques viennent même, si l'on y prend garde, élire domicile sur la coque.

Les salissures sont de trois types :

  • Salissures animales: Les coquillages libèrent des millions de larves microscopiques dans l’eau. Ces larves ont besoin de s’accrocher à un support fixe pour se nourrir et se développer. La plupart des bateaux restent statiques 90% du temps de leur présence dans l’eau et constituent ainsi d’excellents points d’attache!

  • Salissures végétales: Là encore, les objets statiques sont colonisés par les algues. Même si la plupart tombent d’elles mêmes lorsque le bateau est en mouvement, certaines (comme les algues brunes) sont suffisamment résistantes pour supporter la vitesse. 
  • Voile gras: Le voile gras est constitué de milliards d’algues microscopiques qui forment une base parfaite pour l’installation des autres types de salissures. Empêcher le voile gras permet de limiter l’accrochage ultérieur de salissures

Ce type de carénage déjà interdit, ne sera bientôt plus possible sur l'ensemble du littoral

Il faut donc pour combattre ces salissures et ces ôtes inopportuns, utiliser un revêtement spécial que l'on nomme "antifouling". Mais l'antifouling perd son efficacité avec le temps (variable en fonction de l'efficacité et du type d'antifouling et temps passé dans l'eau. Le carénage est donc l'opération qui consiste à nettoyer la coque sous la ligne de flottaison, à décaper ou poncer les restes d'antifouling, et à remettre en peinture.

C'est une opération qui nécessite des précaution pour la santé de ceux qui la pratiquent et pour l'environnement en raison de la toxicité des peintures et des solvants. Les déchets de cette opérations sont des déchets toxiques et dangereux, qui doivent être éliminés conformément à la Loi.

Théoriquement aujourd'hui, le carénage "sauvage est interdit. Seules les aires spécialement aménagées pour l'élimination des déchets toxiques sont autorisées.  Seulement, elles sont encore insuffisantes en nombre et en surface, ce qui explique qu'il faut prendre rendez vous à l'avance pour disposer d'une place et d'un créneau pour le grutage (voir note ci dessous).

 

Matériel nécessaire pour mener à bien l'opération :

  • Une pompe à haute pression avec les tuyaux et le câble électrique nécessaire

  • Un pulvérisateur contenant de l'eau de javel à forte concentration

  • Du diluant antifouling ou une ponceuse, des grattoirs 

  • De l'antifouling et des rouleaux du style "patte de lapin"

  • Des combinaisons, des masques et des casquettes... 

  • Des chiffons et la panoplie complète du parfait peintre 

Quel antifouling choisir ?

Tout dépend : du bateau, de son usage, de sa vitesse, de l’eau dans laquelle il navigue, de son port d’attache (échouage ou port à flot), de la fréquence de navigation… 

Un antifouling est  composée de deux éléments : la matrice et le biocide. La matrice a pour fonction d'incorporer le pigment, les charges et le biocide et doit permettre le relâchement graduel de ce dernier dans l'eau. Selon le type de matrice utilisée, le mécanisme change la diffusion du biocide. C’est ce processus qui caractérise les typologies différentes d'antifoulings.

Il existe 3 types d'antifouling :

  • Les antifoulings à Matrice dure : conseillé pour les bateaux à moteur rapides et les voiliers et les zones à très fortes salissures

  • Les antifoulings à matrice semi-érodable ou mixte : Ils sont polyvalents (voiliers et bateaux moteur jusqu'à 30 nœuds) et conviennent aux zones à salissures moyennes.

  • Les antifoulings à matrice érodable : pour voiliers et bateaux moteur jusqu'à 30 nœuds et zones à très fortes salissures

Pour bien choisir son antifouling, le mieux est de consulter les sites des fabricants, les forums sur le sujet, son ship habituel et de se faire son choix en fonction de tout ça. Pour ma part, j'utilise Cruiser UNO de chez International® , un anti-fouling à matrice semi-érodable. La dernière application ayant tenue deux ans avec juste un nettoyage intermédiaire, inutile d'en changer !    

Un carénage type :

Bien souvent, l'opération commence et a finit par un "grutage". Elle dure deux jours si l'état de la coque n'implique pas d'ôter l'ancien anti-fouling.

Une fois le bateau bien posé sur le quai, démarrage du chantier. 

  • Tout d'abord, pulvérisation d'eau de javel sur les coquillages. Pendant que l'eau de javel fait son office, on prépare la pompe haute pression et le matériel.

  • Ensuite, grand nettoyage au Karcher®, grattage des récalcitrants si besoin est 

  • Séchage (pendant l'heure du déjeuner) 

  • Passage de la première couche.

  • Séchage toute la nuit

  • Application de la deuxième couche le lendemain matin

  • Séchage, en fonction du temps préconisé par le fournisseur et de la température extérieure. 

  • Remise à l'eau

L'opération peut s'avérer plus longue dans plusieurs cas:

  • Il faut retirer l'ancien antifouling trop abîmé : Dans ce cas il faut poncer en portant un masque de protection ou utiliser un diluant spécial antifouling

  • L'ancien antifouling n'est pas compatible avec le nouveau (ou sa provenance est inconnue), auquel cas il faut passer une ou deux couches d'apprêt. 

On fignolera le tracé de la ligne de flottaison

Le temps de séchage étant respecté, la remise à l'eau s'effectue en fin d'après midi. Mise en place des sangles, tension des chaînes, démontage des étais et le bateau quitte son support. Ne pas oublier les dernières retouches dans les parties de quille sur les quelles reposait le bateau. 

Une fois le bateau levé, ne pas oublier les parties qui étaient inaccessibles

C'est alors que la grue entre en action et que commence la longue ascension qui va permettre au bateau de passer au dessus de ses compagnons de quai et de regagner le bassin. 

Moment toujours impressionnant. Heureusement, en général les gars des ports sont des virtuoses et quelque soit la taille du bateau, la mise à l'eau s'effectue sans incident. 

 

Ce type de carénage sur aire spécialisée, avec réception des eaux de rinçages et des produits, n'est plus que le seul autorisé. Faute de places suffisantes, le carénage sauvage se poursuit encore mais ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir. A noter qu'en ce qui nous concerne, nous avons toujours "caréné propre". Mentalité écolo oblige...

Ou en sommes nous sur l'interdiction du "carénage sauvage" ?

La loi sur l'eau du 30 décembre 2006, oblige a parvenir à une bonne qualité des eaux, afin d'atteindre à l'horizon 2015 un bon état  écologique des masses d'eaux, comme le préconise la directive cadre européenne sur l'eau du 22 décembre 2000, transposée en droit français par la loi du 21 avril 2004 (Loi n°2004 - 338 du 21 avril 2004, portant transposition de la directive 2000/60/CE établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'Eau)
Il est important de noter que :
* la bonne qualité des masses d'eaux concerne également les « masses d'eaux côtières »
* la loi sur l'eau accentue l'importance de la gestion des eaux usées et également des eaux pluviales, vecteur important de charges polluantes de la terre vers la mer.
La Directive sur la responsabilité environnementale, du 21 avril 2004 transposée en droit français mi 2008 accentue les notions de prévention et de réparation des dommages à l'environnement. Dans certains domaines, les gestionnaires de ports seront concernés, et pourront être impliqués : État écologique des masses d'eaux, protection de la faune et de la flore sauvages...
Et cela en cas de non maîtrise d'une pollution, qu'elle soit générée par l'activité portuaire, ou simplement qu'elle transite par le bassin portuaire, avant de contaminer l'espace marin et littoral proche.
Ce texte concerne les détériorations de l'environnement qui présentent un réel caractère de gravité, dans trois domaines : 

  • L'atteinte à la santé humaine du fait de la contamination des sols

  • L'état écologique de l'eau

  • L'atteinte aux espèces et aux sites protégés.

La loi reconnaît la nécessité de protéger la biodiversité, et plus qu'une réparation pécuniaire, prévoit d'organiser la remise en état d'un site en cas de dégradation.
Un décret en Conseil d'État fixera prochainement les activités soumises à l'obligation de réparation, les différents niveaux de responsabilité, et les conditions de mise en œuvre des mesures de prévention et de réparation...

Code des ports maritimes, article L 332-2 et R322-2 sur la conservation du domaine public des ports maritimes.
Article L332-2
Nul ne peut porter atteinte au bon état et à la propreté du port et de ses installations.
Le fait de jeter dans les eaux du port tous déchets, objets, terre, matériaux ou autres est puni d'une amende d'un montant égal à celui prévu pour les contraventions de 5ème
classe.
Article R 322-2
Nul ne peut porter atteinte au bon état des ports et havres tant dans leur profondeur et netteté que dans leurs installations.
Le jet de terre, objets ou immondices dans les eaux des ports et leurs dépendances, leur dépôt sur les quais et les terres pleins des ports sont punis de l'amande prévue
pour les contraventions de la 3ème classe.
...
Pour l'application de ces textes, citons pour exemple, cet extrait du règlement du Port de Morlaix :

Règlement d'exploitation de l'aire de carénage
Article 15 Il est strictement défendu :

  •  de caréner les embarcations en dehors de la zone prévu à cet effet, conformément à l'article L 2212-2 du code général des collectivités territoriales, des articles R 352.1, 353.1 du code des ports et de la directive européenne sur la qualité de l'eau.

  •  de rejeter des eaux pouvant contenir des hydrocarbures, des matières dangereuses ou insalubres.

  •  d'utiliser les W.C s'évacuant dans les eaux du port.

  •  de jeter des décombres, des ordures ou des matières quelconques dans les eaux du port.

  •  De déposer ces mêmes matières sur les quais, cales, pontons et terres pleins.

Le responsable de rejets ou déversements d'hydrocarbures sera tenu de faire nettoyer le plan d'eau et les ouvrages souillés par ces déversements.

 

Autrement dit, si vous êtes des vrais marins, respectez la mer et carénez propre....

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